Et si, pour réduire les inégalités scolaires, la solution se trouvait dans les étoiles, ou plus précisément, dans le dialogue avec ceux qui les étudient ? C’est le pari audacieux du projet PHYSIS, qui fait se rencontrer des chercheurs en physique de l’Univers et des psychologues du développement avec des élèves du secondaire, au cœur même de leur salle de classe. L’objectif n’est pas de donner un cours, mais de lancer un débat : à quoi peut bien servir une science qui n’a pas d’application immédiate ? Une initiative à double détente : éveiller l’esprit critique des jeunes tout en mesurant scientifiquement l’impact d’une telle démarche sur l’égalité des chances.

Affiche du projet Physis.

Une science qui sort du laboratoire

Imaginez des physiciens, spécialistes des trous noirs, des ondes gravitationnelles et de la matière noire, qui quittent leurs laboratoires, leurs télescopes et leurs équations pour pousser la porte d’une salle de classe. C’est le point de départ du projet PHYSIS. Loin de venir dispenser un cours magistral, ces chercheurs engagent une conversation directe avec les élèves sur une question aussi simple que vertigineuse : à quoi sert la science “désintéressée” ? En partant d’exemples issus de leur quotidien de recherche, ils élargissent le débat à la méthode scientifique, au rôle du chercheur et à la place de la connaissance dans notre société. Cette première rencontre n’est pas une fin en soi ; elle est une étincelle. Elle permet aux élèves de s’approprier les thèmes et de développer leur esprit critique.

Un dialogue sous l’œil de la science

Mais ne vous y trompez pas, PHYSIS est bien plus qu’une simple opération de médiation. Derrière cette rencontre entre deux mondes se cache une ambition plus vaste et une rigueur toute scientifique. Chaque session est en effet observée par des chercheurs du laboratoire LaPsyDÉ, spécialisés en psychologie du développement. L’objectif est double : d’un côté, il s’agit d’offrir aux jeunes un espace pour forger leur propre opinion sur la science mais aussi leur fournir des clés pour démonter certains stéréotypes liés aux sciences et aux scientifiques (notamment le genre ou les “qualités innées”). De l’autre, il s’agit de mesurer, à l’aide de questionnaires et de sondages, l’impact réel de ces interventions. Ce dialogue a-t-il un effet mesurable sur la curiosité des élèves ? Peut-il contribuer à gommer certaines inégalités face au savoir ? En somme, le projet PHYSIS se prend lui-même pour objet d’étude afin de transformer une intuition en une méthode éprouvée.

Bâtir un pont durable entre l’école et la recherche

L’ambition finale de PHYSIS dépasse les murs des écoles participantes. En analysant précisément les effets de ces interactions, l’équipe cherche à établir des recommandations concrètes et des bonnes pratiques. Le but est de modéliser une approche qui soit transférable et puisse être déployée plus largement. Il ne s’agit plus seulement d’organiser des rencontres ponctuelles, mais de systématiser un pont durable entre le monde de la recherche et celui de l’éducation. En comprenant ce qui fonctionne, PHYSIS espère fournir des outils efficaces pour faire de la culture scientifique un véritable levier de réduction des inégalités scolaires et sociales.

Les chiffres clés

Le projet interdisciplinaire PHYSIS a été financé par la Mission pour les Initiatives Transverses et Interdisciplinaires (MITI) du CNRS dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt “Inégalités éducatives” 2022.

Entre 2022 et 2025, dans le cadre de PHYSIS nous avons visité un total de 26 classes de seconde générale et technologique sur un total de 6 établissements scolaires différents :

  • Lycée de Villaroy, Guyancourt (78)
  • Lycée Martin Luther King, Bussy-Saint-George (77)
  • Lycée Descartes, Antony (92)
  • Lycée de la Plaine de Neauphle (78)
  • Lycée Claude Bernard (75)
  • Lycée Jacques Decours (75)

Pour un total d’environs 780 élèves bénéficiant du dispositif.

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