Née à Poissy en 2000, Lilou Granville est une artiste plasticienne diplômée de l’ESAD de Reims. Son travail s’articule principalement autour de l’installation et du volume, mais avec une particularité forte : elle privilégie des formes fragiles, imperceptibles, voire invisibles. Son approche se distingue par une exploration de l’imperceptible et de la trace.

Photo d'une oeuvre de Lilou : un mur avec un petit trou noir et de la fumée qui en sort. Une main est devant pour sentir le souffle de la fumée qui s'échappe.

Lilou Granville

Fumée, 2025 (gaz, dimensions variables).

Crédit image : Jean Wanschoor.

L’invisible

Dans son projet Cheveux, elle noue ses propres cheveux bout à bout pour créer une ligne pouvant atteindre 23 mètres de long. Elle joue ainsi sur le paradoxe de la matière : le contraste entre la fragilité apparente du cheveu et sa résistance réelle, créant une œuvre qui occupe l’espace tout en étant physiquement presque absente.

Ses installations sont souvent “invisibles” au premier abord et exigent une attention particulière : elles demandent au spectateur un changement de posture pour être détectées, comme une vapeur s’échappant d’un trou minuscule dans un mur.

 

Lilou Granville, Cheveux, 2024 (cheveux, dimension variable). Crédit image : Lou Favreau.

 

L’effet rebond

Derrière la finesse de ses formes se cachent des concepts de tension et de violence. Elle transforme des agressions verbales (comme un message haineux reçu sur les réseaux sociaux) en objets plastiques. En utilisant le latex pour imiter la peau, elle matérialise cette violence sous forme de mouchoirs exposés au regard de tous, transformant l’agression subie en une forme de “vengeance” artistique, une réappropriation de la violence subie.

 

Une femme habillée en rouge est penchée sur l'oeuvre de Lilou : ce qui semble être un mouchoir, jeté au sol.

Lilou Granville, I want to cum in this hot face, 2025 (latex, corde, 40×40 cm). Crédit image : Jean Wanschoor.

 

Phénomène indirect

Une part importante de son travail repose sur l’idée de regarder la conséquence d’un événement plutôt que l’événement lui-même. Son œuvre vidéo Le quinzième jour montre une nuée de mouches dans le ciel.

Le titre est un marqueur temporel crucial : il correspond à l’apparition des premières mouches sur un cadavre, évoquant ainsi le cycle du vivant et de la décomposition. Ce qui semble être une image contemplative devient, une fois le contexte compris, une observation sur la mort, l’absence et la trace, passant ainsi de la contemplation à la réflexion.

 

Un écran de télévision : un ciel bleu avec quelques nuages, et des mouches qui viennent se poser sur l'écran.

Lilou Granville, Le 15e jour, 2025 (vidéo, 4’18″). Crédit image : Lilou Granville.

 

Résonances avec la recherche scientifique

Comme les scientifiques qui étudient le ciel, Lilou observe des phénomènes qu’elle ne peut pas manipuler directement. Son travail sur la “trace” fait écho à la manière dont les chercheurs déduisent l’existence de phénomènes physiques à partir de leurs impacts, une observation indirecte. Une parenté existe entre ses recherches sur la violence et les phénomènes astrophysiques ultra-violents qui se produisent dans le silence absolu et l’obscurité de l’espace. Sa capacité à rendre sensible ce qui est caché ou ténu rejoint la quête des physiciens cherchant à détecter des particules ou des signaux imperceptibles, une traque de l’invisible.

 

Découvrez le portfolio de Lilou Granville.

 

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