Le 5 septembre 2019, nous ouvrons les portes de notre “usine” très particulière, au 10 rue Alice Domon et Léonie Duquet dans le 13ème arrondissement de Paris, à un groupe d’artistes fraîchement diplômés d’une école d’art de Reims. Comme les astroparticules, ils viennent de commencer leur parcours et sont pleins de promesses et de surprises. Ils acceptent d’entrer et de s’asseoir avec nous autour d’une grande table. Nous nous regardons, amusés, curieux. Ce qui va se passer n’est pas encore clair…
Affiche de l’exposition “Ce qui ne tourne pas, tombe.”
Exposée du 12 au 25 septembre 2019 à l’espace Niemeyer.
Notre “usine à concepts”
Dans notre laboratoire, nous construisons des concepts et des théories sur le Cosmos et sur les objets qui le composent. Nous le faisons avec de nouveaux télescopes, avec des instruments non-conventionnels. Au lieu de la lumière visible, nous utilisons des ondes gravitationnelles, des rayons cosmiques, des particules éphémères comme les neutrinos, ou les rayons gamma produits par des phénomènes violents. Tout ceci compose une jeune branche de l’astronomie, pleine de promesses et de surprises : la physique des astroparticules.
Au Laboratoire APC, nous étudions aussi l’Univers comme un Tout : ses origines, son destin, sa forme. Ses parties nous renseignent sur le Tout, le Tout sur ses parties.
Des mois de dialogue autour d’une table
Nous restons assis à cette grande table pendant quelques mois. Nous montrons aux artistes nos objets, nos symboles, nos concepts, nos paradigmes et nos instruments — nos yeux mécaniques et électroniques. Eux regardent avec curiosité, yeux brillants, et prennent des notes dans des cahiers noirs.
Nos objets sont inaccessibles et éphémères, souvent incompréhensibles pour la logique et l’intuition : trous noirs, quasars, fond diffus cosmologique. Impossible de les toucher, difficile d’en imaginer une application pratique. Difficile même de les imaginer. Et pourtant, ils existent.

L’une des premières réunions organisées entre les artistes et les scientifique de l’APC pour préparer la résidence artistique de 2019.
Des fils pour tisser le mystère
Après quelques mois, nos invités ont trouvé des fils conducteurs : la lumière, le temps, la gravité, tourner qui est une variation de tomber, la matière. Nous, “les travailleurs de l’usine”, ne sommes pas du tout sûrs que “leur” matière et “leur” lumière soient “notre” matière et “notre” lumière. Le malentendu nous guette avec son regard narquois. Mais nous gardons confiance, car nous avons compris depuis longtemps que le Livre n’est pas écrit seulement en langage mathématique.

Matteo Barsuglia expliquant les concepts cosmologiques aux artistes.
Le mystère demeure
Nous quittons cette table avec la sensation claire qu’en unissant tous nos yeux, nous avons fait un pas en avant vers la compréhension du Grand Mystère. Et pourtant, comme dans la plus classique des histoires zen, les questions demeurent plus nombreuses qu’avant.
L’exposition : “Ce qui ne tourne pas, tombe”
Pour conclure cette résidence, Carla Adra, Chevaline Corporation, Zoé Cosson, First Laid, Juan Ignacio Lopez et Jesse Wallace, artistes et collectifs d’artistes issus de l’École Supérieure d’Art et de Design (ESAD) de Reims, ont organisé du 14 au 25 septembre 2020 l’exposition Ce qui ne tourne pas, tombe à l’Espace Niemeyer, inscrite dans le parcours hors-les-murs des 70 ans de Jeune Création.
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